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Quand une observation devient-elle une création artistique incarnée dans un lieu ? Quand un lieu cesse-t-il de se transmuter, d’être transitoire ou indéterminé ? La création qui a été formalisée dans le paysage peut-elle être perçue comme faisant partie de ce même paysage ? L’architecture peut-elle s’apprivoiser en ne se dissociant plus du paysage mais en s’y référant ? Au fil du temps, les paysages naturels et culturels ne cessent de se transformer… Mais comment exprimer la quiétude dans ces lieux toujours en mouvement tout en sculptant le temps et l’espace de la contemplation ?

C’est dans cette optique que la lagune d’Orbetello incarne la liminalité : à travers un contraste toujours changeant entre terre et lagune. La faune et la flore convergent par la frontière séparant l’observateur du participant. Ce lieu agit comme un intermédiaire entre deux conditions ou régions, permettant une transition naturelle, donnant de l’espace et du temps alors que l’on embrasse la beauté universelle d’un écosystème partagé.

Date : 2021
Lieu : La lagune d'Orbetello, Italia

Superficie : Réserve WWF de l'Oasis of Orbetello

Client : WWF

Phase : Concours d'idéation international
Photos : Marilène Blain-Sabourin, Architecte

Ce sanctuaire doit être conçu dans le respect mutuel de son environnement naturel. Les animaux doivent être libres de se déplacer et d’exister. Ainsi, l’architecture devient l’interface permettant cette union, ce constat et cette cohabitation.

Le projet suggère une nouvelle typologie d’architecture – un « bestiaire » en soi – qui transforme l’espace liminal en un écosystème calme et apprivoisé et génère une expérience unificatrice.

Des volumes de réception cartésiens exprimés dans le paysage aux plus petits points d’observation plus sauvages disséminés dans la réserve, la lagune d’Orbetello devient un théâtre d’introspection bien ancrée dans la projection de l’environnement. Ces espaces domestiqués sont personnifiés dans leurs multiples formes et caractéristiques spatiales. Ils incarnent le reflet de l’environnement qui les a vu naître, tout en offrant des lieux d’exposition, de formation, de contemplation et de conservation.

Dès son arrivée, le visiteur est accueilli dans un espace où la lumière fait place à l’ambiance. La sobriété formelle du centre d’interprétation se dissout dans une temporalité et une matérialité de plus en plus organiques, inspirées du paysage lui-même. Le bâtiment se dévoile tranquillement en générant différentes atmosphères et émotions, en fonction de la lumière disponible. La théâtralité et la contemplation permettent au visiteur d’abandonner le rythme trépidant de la vie quotidienne pour prendre conscience des subtilités de la flore et de la faune. Plus le visiteur s’éloigne de sa propre réalité, plus l’architecture apprivoisée s’exprime dans une forme organique et une intimité entre matérialité et usager.

La progression sur le site se poursuit avec un parcours de points d’observation qui valorise la sensibilité, la contemplation et l’émotion. D’une part, le point d’observation de l’air révèle un dialogue sensuel et progressif avec la nature, offrant un autre point de vue sur les paysages et les ciels. L’ascension progressive génère des panoramas ouvrants ou des vues restrictives, une sensation de tension ou d’expansion. En effet, le point d’observation de l’air vise à provoquer de nouvelles perspectives constantes au fur et à mesure que le visiteur se promène et regarde autour de lui.

En revanche, le point d’observation de l’eau revendique une discussion statique et organique avec des eaux calmes. La descente progressive dans la terre, ancrant les visiteurs et les invitant à rester immobiles, permet la contemplation de tous les mouvements subtils à la surface de l’eau. Chaque moment de contemplation transmute cette immobilité naturelle en un esprit paisible pour quiconque souhaite accepter la beauté de l’équanimité.

Enfin, le point d’observation de la terre amène le visiteur en son centre, par une approche concentrique. En suivant l’étroite allée qui mène au centre lumineux, le visiteur découvre la mise en scène de la nature. L’espace crée un environnement intime, apprivoisé et cadré, où les humains peuvent contempler la migration naturelle sans se faire remarquer.

Au final, on quitte la lagune d’Orbetello avec une humanité renforcée, un sens plus aigu de sa place au sein des espèces peuplant la Terre Mère et une compréhension harmonieuse de son environnement. Le temps s’arrête dans ce territoire contemplatif et ludique, où le présent est hérité du passé, et pose les bases solides d’un futur, où espèces et humains cohabitent en harmonie le lieu liminal.

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